Saint-Ursanne (prévôts)

Le Chapitre de Saint-Ursanne est placé sous la responsabilité d’un prévôt, investi, selon un acte de 1293, d’« une juridiction spirituelle et temporelle ». Néanmoins, il apparaît que les prévôts n’ont en fait pas un grand pouvoir, même si chaque nouveau chanoine doit lui jurer obéissance. Par contre, vu de l’extérieur, il personnifie le pouvoir temporel de l’église de St-Ursanne. Le prévôt doit superviser les assemblées capitulaires puis faire respecter les décisions qui y sont prises. Lors des grandes fêtes de l’année liturgique, c’est lui qui préside les célébrations.
Le prévôt touche deux prébendes de valeurs sensiblement identiques, l’une en tant que chanoine et l’autre en tant que prévôt.
En principe, le prévôt est élu par le Chapitre et doit ensuite être confirmé par l’évêque de Bâle tenu, selon les chartes de 1210 et 1369, d’investir l’élu « sans y faire obstacle et sans réfutation ». En théorie le prévôt doit faire partie des chanoines et doit résider à St-Ursanne, ce qui ne fut souvent pas le cas. Dans les faits, la liberté du Chapitre lors de l’élection d’un prévôt était bien plus réduite : ils étaient souvent désignés par l’évêque ou par la noblesse régionale. Jusqu’en 1330, plusieurs ecclésiastiques germaniques (de Erckenfried de Rixheim à Jean Muench), liés à l’église Notre-Dame de Bâle, et directement désignés par l’évêque se succèdent comme prévôts de St-Ursanne. Ensuite, St-Ursanne passe sous la domination de la noblesse, notamment, dès 1388, St-Ursanne sous celle des sirs des Neufchâtel. Jusqu’en 1417 (de Jacques de Wattwiler à Vernier Malgirez, avec un intermède bâlois, Jean Muench de Landskron), les prévôts sont souvent sujets ou vassaux des Neufchâtel. Ils sont pratiquement tous francophones, alors que par la suite, il faut attendre le 18e siècle pour retrouver quelques prévôts de langue française. Avec l’arrivée du nouvel évêque, en 1423, Jean de Fleckenstein, l’église de Bâle retrouve sa préséance sur St-Ursanne, et en 1426, l’insertion de la Prévôté de St-Ursanne dans l’Evêché de Bâle est définitivement acquise et la mainmise des évêques sur les prévôts est renforcée. A la mort du prévôt Thiébaud de Blamont, l’église de Bâle use de son influence pour faire élire Michel zu Rhein, issu d’une illustre famille de l’aristocratie bâloise (il en va de même pour Jean zu Rhein, Pierre Textor et Gaspard zu Rhein). Une autre caractéristique de ces évêques du 15e siècle est l’absentéisme. En effet, la plupart ne vivent pas à St-Ursanne mais plutôt à Bâle. A cette époque, les prévôts perdent beaucoup de leur autorité au profit du prince-évêque. Cet état de fait est encore accentué avec l’accession à cette fonction, en 1479, de Gaspard zu Rhein. Néanmoins, le nouveau prévôt Hartmann de Hallwil ne cesse d’essayer de récupérer de son autorité et de s’opposer au prince. Un acte de 1492 met cependant un terme à la querelle entre le prévôt et le prince-évêque, au profit de ce dernier. Dès la fin du 17e siècle, l’emprise des évêques diminue. Le chapitre retrouve alors son droit d’élire les prévôts.

Emma Chatelain, 3/02/2006
Dernière modification: 23/01/2013

Bibliographie

Peter von L. Zaeslin, « St-Ursanne », in Hevetia Sacra, II/2, Berne, 1977, pp. 442-457
Jean-Paul Prongué, La Prévôté de Saint-Ursanne du 13e au 15e siècle, Porrentruy, 1995, pp. 40-41, 64-65, 112, 122, 200-204, 226, 322, 347