Ursulines de Delémont

La maison de Sainte-Ursule de Delémont est fondée en 1698 et supprimée en 1793.
Selon Arthur Daucourt, les ursulines de Porrentruy se seraient déjà réfugiées une première fois à Delémont durant deux mois en 1632. Mais en 1634, les lieux de refuge sont Saint-Hippolyte en Franche-Comté et Fribourg en Suisse. En 1667, lors de l'invasion française de la Franche-Comté espagnole, les ursulines de Saint-Hippolyte se réfugient à Delémont et ouvrent une école à la satisfaction de la ville. En 1673, lorsqu'elles décident de rentrer à Saint-Hippolyte, les autorités delémontaines souhaitent cependant les voir rester. Le prince-évêque Jean-Conrad de Roggenbach (1656-1693) veut bien d'une fondation, mais pas par les ursulines de Saint-Hippolyte. On peut situer l'origine des difficultés qui assombrirent la future maison de Delémont dans cette décision.
En 1696, en effet, les autorités bourgeoises de Delémont renouvellent leurs démarches auprès de leur souverain afin qu'il autorise des ursulines de Saint-Hippolyte ou des bernardines réformées de Pontarlier de s'établir à Delémont. Mais l'évêque refuse des religieuses étrangères dans sa principauté et recommande les ursulines de Porrentruy. L'opposition du chapitre cathédral de Bâle aux dispositions d'ordre matériel prises par l'évêque en faveur d'un tel établissement à Delémont semble constituer une série d'épisodes qui divisent les bourgeois de Delémont. Les ursulines de Porrentruy ont des avocats en la personne du P. Maximilien Rieger SJ et du vicaire général Schnorf ; les bernardines peuvent compter sur le chanoine de Wicka ainsi que le prévôt Bajol de Moutier-Grandval. En 1697, les bourgeois de Delémont assortissent leur démarche d'une condition: l'agrément du chapitre cathédral. Mais le prince-évêque Guillaume-Jacques Rinck de Baldenstein (1693-1705) presse les ursulines de Porrentruy de faire cette fondation et sursoit à en avertir ledit chapitre.
C'est le 28 avril 1698 que quatre ursulines de la maison de Porrentruy arrivent à Delémont aux conditions fixées par la ville. Cette dernière, outre qu'elle ne participe aucunement aux frais des soeurs, tient à limiter la communauté au nombre des douze religieuses, exige que les ursulines accordent la préférence aux Delémontaines (dont la dot est limitée à mille livres bâloises) et leur interdit de posséder tout bien-fond, sauf un verger, un jardin et un pré pour deux vaches. L'évêque met à leur disposition l'hôpital et, en secret, les moyens matériels de l'adapter aux besoins de la communauté. Il se fait également le protecteur des ursulines contre l'opposition tracassière des capucins voisins de l'hôpital.
D'abord logées à la maison de Grandvillers, les ursulines peuvent compter sur les conseil des jésuites de Porrentruy et de M. Babé de Delémont pour transformer l'hôpital. Elles aménagent la chapelle qui reçoit l'autel offert par la maison de Porrentruy et des objets liturgiques offerts par Son Altesse. En 1700, les soeurs peuvent investir leur bâtiment et M. Le Coultre Ory célèbre la première messe dans l'église dédiée à saint Antoine en 1701.
Les activités de la communauté sont à l'image de celle de Porrentruy. En avril 1703, la bulle romaine arrive pour autoriser l'érection d'une confrérie du Sacré-Coeur par deux pères jésuites mandatés par l'évêque en mai de la même année. Les familles Ory et Gomoy sont les bienfaitrices et l'avenir semble assuré par la réception de plusieurs novices. Mais au décès du prince-évêque, le haut chapitre retrouve toute son animosité: il interdit la profession des novices (1705), suspend toute réception de candidate et exige les comptes. Le nouvel évêque, Jean-Conrad de Reinach (1705-1737) fait procéder à une enquête auprès des bourgeois par ses mandataires, tandis que le haut chapitre consulte l'université de Salzbourg sur la validité de la confrérie du Sacré-Coeur, qui est confirmée. L'héritage de soeur Anne-Barbe Gomoy inaugure une série de difficultés à propos des biens-fonds. Par contre, diverses fondations sont des moyens d'améliorer les ressources matérielles qui font constamment problème. En avril 1711, l'évêque suffragant Jean-Christophe Haus impose un règlement tiré des Règles en usage dans les maisons des ursulines. En 1718, les religieuses participent à la grande mission prêchée en ville par les pères jésuites, et reçoivent de nouvelles orgues par le chapelain Andrez du chapitre de Moutier-Grandval.
Si l'autorisation de porter la communauté à dix-huit soeurs est agréée, la réception de candidates non-delémontaines fait toujours problème. De nombreux contacts avec les maisons des ursulines de Fribourg-en-Brisgau (D) et de Fribourg (CH) permettraient des échanges et de soutenir la maison. Mais périodiquement, l'opposition se rallume, même si la visite du père Augustin de Diesbach, jésuite réputé, concourt à une accalmie durable (1739). En 1743, les ursulines ont agrandi leur bâtiment pour l'adapter aux nécessités scolaires. Mais l'évêque leur impose l'élection de soeur Marie-Marthe Brahier de Porrentruy. Après son départ en 1755, toute une série de problèmes compromettent l'assise fragile de cette maison. On cherche de nouveaux revenus par des activités jugées trop envahissantes, comme l'ouverture, pourtant conseillée par le prince-évêque Simon-Nicolas de Montjoie, d'un hôpital-pension pour handicapés et infirmes. Et la cherté des vivres achève d'ébranler cette communauté en faisant apparaître le risque de ruine de l'institut, qui accepte encore en 1786 la proposition de créer un orphelinat, dont la garde des pensionnaires est rémunérée. L'entretien des quinze premiers orphelins est pourvu par le prince-évêque François-Sigismond de Roggenbach, qui inspecte l'institution en 1789. L'arrivée des troupes françaises, qui réquisitionnent le bâtiment en 1792, donne le coup de grâce à la communauté. En mai 1793, les soeurs reçoivent l'ordre d'expulsion, et le tribunal s'empare de la maison, mettant un terme à la présence controversée des ursulines à Delémont.

Philippe Hebeisen, 29/10/2004
Dernière modification: 7/12/2006

Bibliographie

Marie-Anne Heimo, "Ursulines de Delémont", in Helvetia Sacra, VIII/I, 1994, pp. 248-256