Hôpital de Moutier

Hôpital de Moutier

Avant la fondation de l’hôpital de Moutier en 1875, deux événements ont déjà eu lieu : en 871, la fondation d’une léproserie (alors la deuxième de Suisse) par un moine nommé Iso, envoyé du convent de Saint-Gall à Moutier, et, en 1148, la fondation d'un hôpital par le chapitre de Moutier-Grandval mais qui finira dans l'oubli.
L’hôpital de Moutier que nous connaissons ouvre lui ses portes en 1875. Le 11 janvier 1871, un conseil provisoire d’initiative est nommé. Il comprend Louis Péteut, Otto Herzog (seul médecin de la commune), Auguste Klaye, Victor Sauvain, Florian Chevalier. Le 24 juin 1871, l’acte de fondation de l’hôpital de Moutier est signé par les communes bourgeoises de Moutier, Sonceboz, Grandval, Perrefitte, Champoz, Crémines et les communes de Moutier, Grandval, Belprahon, Perrefitte, La Scheulte, Champoz, Crémines et Corcelles. Les travaux débutent en 1872.
Lors de son ouverture, l’hôpital compte 12 lits (15 dès 1888), le premier patient est admis le 30 avril.
Otto Herzog occupe le poste de médecin de l’hôpital de 1875 à 1890. Après son départ la direction opte pour un système de tournus entre les deux médecins de la commune (Paul Chardon et Charles Mamie), système qui sera abandonné en 1912.
Les années 1890-1914 présentent une phase de modernisation due notamment à l’arrivée d’une nouvelle génération de chirurgiens qui bouleversent l’organisation interne des hôpitaux. Si, jusqu’alors ils étaient destinés avant tout aux pauvres et aux indigents, ils deviennent maintenant le lieu central de la pratique médical, notamment en raison des progrès de la chirurgie qui rendent nécessaires un environnement adéquat. A Moutier c’est Frank Neuhaus qui est le principal modernisateur de l’hôpital.
Durant la période de 1914-1945, de nouveaux changements importants aboutissent à une véritable professionnalisation de la gestion hospitalière. Plusieurs transformations architecturales successives (entre 1906 et 1950) permettent une capacité d’accueil accrue. Une maternité est ouverte en 1921 alors que la première chambre privée est disponible en 1908. Des découvertes scientifiques telles que la radiologie (en 1895) nécessitent un environnement médico-technique de plus en plus spécialisé (Moutier ouvre son service de radiologie en 1915) ainsi qu’une professionnalisation du personnel soignant qui devient aussi plus nombreux. En outre, les médecins interviennent plus souvent dans les affaires hospitalières ou demandent d’avoir accès aux infrastructures de l’hôpital pour leur clientèle privée ce qui engendrent une augmentation des revenus de l’hôpital. La part des pensions des malades dans le budget de l’hôpital augmente ainsi au profit des subventions publiques.
L’hôpital de Moutier, suivant en cela une tendance générale, devient ainsi plus grand, plus complexe et plus coûteux, ce qui nécessite une meilleure gestion administrative. Le premier gérant salarié est engagé en 1930. En parallèle, on assiste à l’arrivée de personnalités du monde industriel dans le comité de direction de l’hôpital.
Dès 1945, on assiste à une croissance extraordinaire du système de santé en Suisse. Le très fort développement démographique fait aussi augmenter le nombre de malades alors que l’offre médicale se diversifie de plus en plus. Les services médicaux sont réorganisés, un médecin-chef est engagé à plein temps en 1962, il s’agit de Roger Faller. En 1980, l’hôpital de Moutier compte sept services et divisions : chirurgie, médecine, malades chroniques, gynécologie-obstétrique, pédiatrie, anesthésiologie et réanimation, radiologie.
Le personnel se laïcise (phénomène qui se fait dans le cadre plus large d’une laïcisation de la société), s’internationalise, se professionnalise, et devient toujours plus nombreux. Les religieuses quittent Moutier en 1971 (en 1953, les diaconesses qui sont là depuis 1900 s’en vont, fautes de vocations ; c’est alors le Bethesda de Bâle qui les remplace). L’appel à du personnel étranger pour faire face au besoin croissant de personnel et au départ des diaconesses reflètent les conditions de travail très dures dans le domaine hospitalier (plus d’heures de travail que dans l’industrie et salaires plus bas). Cette situation va cependant évoluer, ce qui aura une incidence directe sur les coûts de la santé : en 1980, les charges salariales représentent 67% des dépenses à Moutier. Finalement, les nouvelles infrastructures techniques et les nouvelles connaissances en médecine nécessitent un personnel de plus en plus qualifié d’où l’ouverture à Saint-Imier d’une école pour infirmières-assistantes en 1980 et d’une classe francophone à l’Ecole d’infirmières en soins généraux de Bienne en 1980 aussi.
Le mouvement amorcé dès les années 1930 qui voit un rôle toujours plus prépondérant des industriels dans la gestion de l’hôpital s’accroit encore. En effet, dans les districts de Moutier et Courtelary, les 30 Glorieuses sont marquées par un fort développement industriel. A Moutier, la présidence du comité de direction est occupée par Marcel Wahli dès 1967. Par ailleurs, les industriels apportent aussi un soutien financier conséquent à l’hôpital. Ils assurent par exemple 44,6% des coûts de l’agrandissement de l’hôpital en 1948-1950.
La fin des années 1960 et le début des années 1970 sont marquées par une plus forte intervention de l’Etat dans le financement et l’administration de l’hôpital. L’organisation du système hospitalier va désormais se faire au niveau cantonal. La loi sur les hôpitaux adoptée en 1973 fait de Bienne le centre hospitalier d’une région regroupant les districts d’Aarberg, Bienne, Courtelary, Laufon, Moutier et Saint-Imier. Les hôpitaux de districts, notamment Moutier et Saint-Imier, deviennent eux des hôpitaux à vocation généraliste.
Cette restructuration et la crise économique des années 1970, génèrent dans les hôpitaux de Moutier et Saint-Imier une stagnation des hospitalisations et un changement de population hospitalisée. En effet, le fort vieillissement de la population ainsi que la planification hospitalière cantonale, en vigueur depuis 1978, qui prévoit une centralisation de l’équipement médico-technique à Bienne nécessite un développement des services de gériatrie et de maladies chroniques alors qu’à Moutier, les opérations diminuent de 1255 en 1980 à 852 en 1990 et 680 en 1998.
Pourtant les coûts de la santé, aussi au niveau national, continuent d’augmenter (la médecine se spécialise, se complexifie et se mécanise). Saint-Imier et Moutier ne peuvent échapper aux transformations de la médecine : notamment une augmentation du nombre de médecin et de personnel même si le nombre des patients restent stable.
Ainsi, en 1976, un nouveau centre hospitalier de 162 lits répartis sur 6 étages est inauguré (les travaux ont commencé en 1971). Symbole de la croissance hospitalière des Trente Glorieuses dans le Jura bernois, il propose une offre médico-technique développée (radiologie, laboratoire, etc.).
Les années 1990 sont marquées par une mise en réseau des établissements hospitaliers qui aboutira à la fondation de l’Hôpital du Jura bernois SA (HJB SA), regroupant les sites de Moutier et Saint-Imier, en 2000.

Emma Chatelain, 22/01/2009
Dernière modification: 5/09/2016

Fonds d'archives

Mémoires d’Ici (Saint-Imier), dossier documentation « hôpital »

Bibliographie

Rapport annuel. Hôpital de district Moutier, 1976-1999
Marcel Wahli, Charles Deroche, Hôpital du district de Moutier, Bévilard, 1976
Pierre-Yves Donzé, Bâtir, gérer, soigner : histoire des établissements hospitaliers de Suisse romande, Chêne-Bourg/Genève, 2003
Pierre-Yves Donzé, L'hôpital au pays de l'industrie : histoire des établissements hospitaliers de Moutier et de Saint-Imier aux 19e et 20e siècles, Saint-Imier, Moutier, 2006

Iconographie

Voiturette des Samaritains de Moutier qui faisait office d’ambulance jusqu’en 1943. Mémoires d'Ici, Collections Hôpital du Jura bernois.

Lien: http://www.hjbe.ch