Gross, Victor (1845-1920)

Docteur, médecin de campagne et préhistorien.
Originaire de La Neuveville, il y naît le 1er juin 1845 et y décède le 15 septembre 1920. Frère de Jämes Gross et d'Adolphe Gross.
Premières classes à la Neuveville, puis gymnase à Neuchâtel et Porrentruy. Suivent des études en médecine à Berne, période durant laquelle il loge chez son oncle, le pasteur Gross. Possédant un sens musical très développé, il fait partie de la "Liedertafel" et du "Cäcilienverein", parallèlement à son cursus universitaire. Possédant un certain talent pour la peinture, il hésite un moment entre la vie d'artiste et celle de médecin. A vingt-trois ans (1868), ses études achevées, il se rend à Paris pour y effectuer divers stages dans des cliniques. De retour à La Neuveville (1869), il s'y établit et y pratique la médecine jusqu'à sa mort.
Ses loisirs sont consacrés à diriger les activités scientifique, littéraire et artistique de sa ville. Il se lie d'amitié avec l'écrivain Carl Spitteler, alors que celui-ci, encore peu connu, était professeur au Progymnase de La Neuveville. Vers la fin de sa vie, le docteur G. entreprend divers voyages en Espagne, en Afrique, en Bosnie-Herzégovine, emportant ses pinceaux partout avec lui.
Du fait de ses découvertes préhistoriques et anthropologiques, il jouit d'une réputation mondiale d'archéologue. Signes de la reconnaissance dont jouissent ses travaux et recherches, les contacts et échanges fructueux s'enchaînent, par exemple avec le géologue bernois Edmond de Fellenberg, Edouard Desor ou le célèbre Ferdinand Keller. A la suite de sa collaboration avec l'anthropologue allemand Rudolf Virchow, V. Gross est nommé membre correspondant de la Société berlinoise d'anthropologie. Au fil des ans, il devient membre correspondant de nombreuses autres sociétés étrangères, dont celles de Paris et de Vienne. Ses découvertes lors de fouilles des nécropoles de Vevey et de Münsingen attirent l'attention des savants sur lui. Il dirige également la fouille de plusieurs stations lacustres des lacs de Bienne (Wingreis) et Neuchâtel (Corcelettes). En 1873, répondant à une invitation spéciale, il envoie une partie de sa collection à l'Exposition universelle de Vienne, où elle fait sensation. Rebelote en 1878, lorsqu'il présente sa collection à l'exposition universelle de Paris. Il y reçoit une médaille d'honneur pour services rendus à la section des sciences historiques. En reconnaissance tardive de ses mérites, il est appelé au comité de la Société suisse de Préhistoire (1916). Encore de son vivant, le Musée national de Zurich acquiert sa riche collection privée d'objets lacustres. Le Musée de La Neuveville quant à lui possède la pirogue découverte en 1880 près de la station lacustre de Wingreis (près de Douane, actuelle commune de Nidau). Il est en outre l'auteur d'un nombre impressionnant d'ouvrages et d'articles relatifs à ses nombreuses découvertes. Au moins soixante-neuf communications naissent sous sa plume entre 1872 et 1917, dont "Les Protohelvètes" (1883), ouvrage publié par la Société anthropologique de Berlin, préfacé par le professeur R. Virchow (Université de Berlin). En 1886 paraît un supplément célèbre à son ouvrage, "La Tène : un oppidum helvète". Outre avec le professeur Allemand, il entretient une correspondance très riche et nombreuse avec des archéologues de renom international, dont les Français Jacques Boucher de Crèvecoeur de Perthes (1788-1868) et Gabriel de Mortillet (1821-1898) ou encore le Suédois Montelius.
Député au Grand Conseil bernois (1899-1914), il intervint avec efficacité, au sein de la Commission de justice et des prisons, en faveur des détenus libérés et des établissements de rééducation.
Côté vie locale, sa passion pour l'antique et les monuments historiques l'amène naturellement à promouvoir et diriger la restauration de la Blanche-Eglise. Il préside également la section neuvevilloise de la SJE, pour laquelle il présente un grand nombre de travaux et de conférences. En 1895, il préside le comité pour la réfection des orgues du temple, inaugurées par le musicien Saint-Saëns. Président honoraire du choeur d'hommes "Union", il assume longtemps aussi la présidence de la commission du Progymnase. Peintre à ses heures, il est même l'élève d'Anker.
Membre de la Société de Belles-Lettres de Neuchâtel (1862).

Philippe Hebeisen et Pierre-Yves Donzé, 13/10/2004
Dernière modification: 3/09/2010

Bibliographie

Julien Bourquin, « Le docteur Victor Gross : 1845-1920 », in ASJE, 63, 1959, pp. 215-229
Pierre-Alain Diacon e.a., « La Députation jurassienne 1831-1921 », in ASJE, 79, 1976, pp. 172, 182
Belles-Lettres de Neuchâtel. Livre d'or, 1832-1960, Neuchâtel, 1962-1984, p. 106.

Compléments

La Revue Intervalles consacre son n° 86 (2010) à « Victor Gross ou la découverte des lacustres ».