Parti socialiste romand (PSR)

Les militants socialistes romands francophones de la ville de Bienne appartiennent au Parti socialiste romand (PSR), l’une des sections du Parti socialiste biennois, le Grand parti, comme il l’est souvent appelé dans cette ville.
Comme un peu partout ailleurs en Suisse, la première association défendant des idées de gauche créée à Bienne est la Société du Grütli. Si sa section biennoise est fondée en 1838, il faudra attendre le milieu des années 1860 pour qu’une section francophone voit le jour. Le Parti socialiste biennois (PSB) est formé en 1911. Pendant quelques années, il possède deux secrétariats, l'un francophone et l’autre alémanique. Mais rapidement, plusieurs sections seront créées : la section de Bienne centre (germanophone), celles de Boujean, Mâche et Madretsch (dès la fusion de ces communes avec Bienne), ainsi que le PSR.
L’ensemble de ces sections est chapeautée par le PSB, mais chacune garde une autonomie quant à son organisation interne et à ses statuts. Toutefois, les mots d’ordre concernant les grands projets municipaux, le lancement d’initiatives ou de pétitions, de même que la désignation du candidat pour la mairie sont définis par le Grand parti.
Depuis sa création, le PSR a toujours été conduit par un groupe homogène de camarades plutôt que par une personnalité dominante. Les affaires courantes sont gérées par un comité restreint de quelques personnes. La fonction de président du parti est donc d’ordre symbolique.
De la fin du XIXe à 1921, l’ensemble des forces de gauches se présentent aux élections municipales biennoises sous la bannière du mouvement syndical de l’Union ouvrière. Ainsi, le premier conseiller municipal socialiste francophone, Emile Ryser, élu en 1912, n’est pas membre du PSR.
En 1921, lors de son premier rendez-vous électoral, le PSR obtient huit sièges au législatif de ville de Bienne, soit un peu plus de 13% des voix. Jusqu’à la fin des années 1930, la force électorale des socialistes romands reste stable. En 1932, le parti parvient même à envoyer dix représentants au Conseil de Ville.
Pour les élections au Conseil municipal, le Grand parti présente une liste unique de candidats désignés au cours d’une assemblée générale. Durant une quinzaine d’années, les candidats proposés sont systématiquement alémaniques. Cette situation provoque le mécontentement des socialistes francophones qui ne se sentent pas pris en compte malgré leur poids électoral. Aux élections de décembre 1936, le PSR parvient enfin à imposer un de ses candidats, Emile Lüthi, qui est élu à l’exécutif. A partir de ce moment, un socialiste romand au moins siège à l’exécutif biennois.
Dès les années 1940, le PSR subit une sensible érosion de son électorat et, jusqu’au milieu des années 1980, le parti envoie entre cinq et six représentants au Conseil de ville. Entre 1960 et 1972, un deuxième socialiste romand accède toutefois à l’exécutif biennois. En 1964, le Grand Parti présente pour la première fois un candidat romand pour la mairie, Jean-Roland Graf, qui ne sera pas élu.
Bien que plusieurs de ses membres aient témoigné de leurs convictions anti-séparatistes, le PSR va se garder d’intervenir dans le conflit jurassien. Le parti sera un des tenants de la politique dite de « neutralité active » de la ville de Bienne, par souci d’éviter une scission entre les francophones de la ville.
Le PSR voit, dès les années 1980, sa cote de popularité remonter. Lors des élections municipales de 1980, le parti peut de nouveau envoyer deux de ses représentants siéger législatif. A partir de 2004, le PSR devient la deuxième force électorale de la ville, derrière les socialistes alémaniques, en partie il est vrai à cause de l’affaiblissement du PRD germanophone. Dès 1996, la liste commune pour l’élection au Conseil municipal inclut également des candidats issus des Verts.
Les relations du PSR avec le PS alémanique sont tout en nuances. Le PSR a parfois des difficultés à imposer ses candidats. C’est par exemple le cas pour Raymond Glas en 1980 ou Erica Wallis en 1992, tous deux proposés et élus au Conseil de ville. Les tensions les plus fortes surviennent peut-être en mars 1936. Lors d’une élection tacite pour remplacer un de ses conseillers municipaux à titre accessoire, le Grand Parti porte en effet son choix sur un alémanique. Furieux, les élus PSR boycottent alors le Conseil de ville et les séances de commissions durant trois mois. Mais le plus souvent socialistes romands et alémaniques trouvent un terrain d’entente sans qu’une des deux ne sentent lésées.
Emiel Lüthy est le premier membre du PSR élu au Grand conseil bernois, en 1918 déjà. Dès la fondation du parti, un ou deux de ses représentants siègent en permanence au législatif cantonal. Parmi eux, nous pouvons mentionner Jean Casagrande, député de 1946 à 1961 et Jean-Roland Graf, qui siégea de 1958 à1959, puis de 1962 à 1982 et qui fut le premier romand à accéder à la présidence de la fraction socialiste bernoise.
Le Courrier Biennois est l’organe officiel du PSR. Mensuel puis bimensuel, il est publié dès 1952 sous l’impulsion de Théodore Charpié. Il change de nom en 1961 et devient le Courrier romand. En 1980, les bulletins des différentes sections du PS biennois fusionnent et prennent le nom de Courrier socialiste/SP Zytig.

Iann Gaume, 27/08/2015
Dernière modification: 3/11/2016

Bibliographie

Patrick Amstutz et al., « Les partis à la barre ! Les élections au "Conseil de ville des 60", 1893-1984 », Annales Biennoises, 1985, pp. 34-46
Werner Bourquin et Marcus Bourquin, Biel Stadtgeschichtliches Lexikon, Bienne, 2008
David Gaffino et Reto Lindegger (dir.), Histoire de Bienne, vol. 2 : De 1815 à nos jours, Baden, 2013
François Kohler, Le Parti socialiste et la Question Jurassienne 1947-1974, Genève, 1979
Olivier Meuwly, Les partis politiques : acteurs de l’histoire suisse, Lausanne, 2010
Courrier romand, n° 13, 1964 ; n° 6, 1978
Le Journal du Jura, 25 octobre 1986
www.bijube.ch (6.08.2015)
www.rjb.ch (12.6.2015, 28.10.2016)
Informations transmises à l’auteur par Pierre-Yves Moeschler.

Compléments

Les différentes publications publiées par le PSR sont consultables à la bibliothèque municipale de Bienne: Courrier biennois (1952-1961), cote W PR 78; Courrier romand de Bienne et du Jura (1962-1978), cote W PR 78; Courrier socialiste/SP Zytig (dès 1980), cote W PH 191 (exemplaires de 1980 à 1982 seulement).

Lien: http://www.psr.psbe.ch