Ursulines de Porrentruy

Communauté fondée en 1619 à Porrentruy et dont les soeurs suivent la règle des filles de Sainte-Ursule, modifiée et adaptée selon les instructions de la fondatrice de l'ordre Anne de Xainctonge et transcrite en 1623 (dite "règle de 1623"). Après deux ans de noviciat, elles prononcent les voeux de chasteté et de stabilité, auxquels on ajoute dès 1622 (après la mort d'Anne de Xainctonge) les voeux de pauvreté et d'obéissance.
L'aspect novateur fut sans conteste la non-clôture, contraire aux exigences du concile de Trente. Bien que cette option fit scandale à l'époque, la fondatrice la jugeait indispensable à l'instruction offerte gratuitement aux filles et femmes de toutes conditions sociales. Cet objectif apostolique d'édification et d'instruction constituant la raison d'être des ursulines, qui doivent s'intégrer à la vie locale, se suffire matériellement (la communauté s'assure l'indispensable par le revenu des dots) et être absolument indépendantes des autres maisons. L'exemple des Pères jésuites a été déterminant, et, à l'instar d'Anne de Xainctonge qui en fit ses confesseurs, ceux-ci furent les directeurs de conscience et prédicateurs attitrés, voire exclusifs (jusqu'en 1773) des ursulines.
La maison de Sainte-Ursule à Porrentruy a été précédée d'une confrérie de Sainte-Ursule (1613) formée de filles provenant de Porrentruy et de Saint-Hippolyte (Doubs, F), approuvée en 1615, qui tenait école pour les filles sous la direction spirituelle du Père jésuite du collège de Porrentruy. Au vu de son succès, la confrérie sollicite une aide matérielle du prince-évêque de Bâle, aide accordée par Hélène Rinck de Baldenstein, soeur du prince-évêque. L'influence des fondations d'Anne de Xainctonge en Franche-Comté voisine est indéniable. En effet, sur proposition du prince-évêque, les fondatrices de Porrentruy, Jeanne Chevrolet et Marthe Spring, allèrent se former auprès des ursulines d'Anne de Xainctonge à Dole. La première maison des ursulines étant devenue rapidement trop exigüe, elles intrègrent leur tout nouveau couvent en 1625, bâtiments construits et offerts par le prince-évêque Guillaume Rinck de Baldenstein (agrandis en 1683-1686). Non contentes d'instruire religieusement les enfants, les ursulines se soucient également d'encadrer la persévérance chrétienne des adultes par des congrégations érigées en leur église. La plus célèbre, la congrégation du Sacré-Coeur, est approuvée par le pape Clément XI en 1701. En 1782, les écoles des ursulines comptent 120 élèves à Porrentruy.
Suite à l'occupation française, les ursulines procèdent à leur séparation. La plupart se retirent chez leurs parents, deux se réfugient à Fribourg (Suisse), et seules trois (en habits séculiers) continuent d'assurer l'enseignement. Le couvent devient une prison, puis est transformé en prison pour femmes (1794), avant de devenir une caserne (1795). Les biens sont nationalisés, et les biens-fonds vendus aux enchères. Deux commerçants de Bâle acquièrent couvent et église pour en faire une fabrique de tabac. Après moult péripéties, le propriétaire bâlois accepte de revendre le couvent et l'église en 1818, et les ursulines, qui ont appelé leurs soeurs de Fribourg à la rescousse, entreprennent de reprendre possession des lieux. La nouvelle communauté est reconnue par Berne en 1819, et on ouvre à nouveau des classes d'école, puis un pensionnat. La nouvelle construction, dont le plan est signé Schwartzlin, est habitée en 1824 et les classes y sont aménagées dès 1827. L'église résonne à nouveaux des messes liturgiques dès 1829. La prospérité revenue, la communauté essaime, notamment à Saignelégier (1836) et Damvant (1865).
Cependant, après la promulgation des articles de Baden, les relations avec les autorités bernoises deviennent tendues. L'établissement compte alors 210 élèves externes et 33 pensionnaires, et l'on agrandit, sur les plans de l'architecte-géomètre Vallat (1863). Malgré cela, la situation s'envenime, et après le vote de 1868, le conseiller d'Etat Johann Jakob Kummer profère l'interdiction d'enseigner, malgré une pétition munie de 10'000 signatures et l'interventions des députés conservateurs Xavier Kohler et C. Folletête. Ces derniers, au nom de la bourgeoisie, engagent les soeurs à poursuivre leur activité, sous le couvert d'une école dite spéciale ou libre. Mais le Kulturkampt fait rage, et, après une enquête sur la prétendue affiliation des ursulines avec les jésuites, les autorités bernoises promulguent un arrêté qui prononce la dissolution de la communauté (1874). Les soeurs s'exilent à Maîche (Doubs, F), et ouvrent un nouveau couvent en 1875, qui reprend sa mission d'enseignement.
A Porrentruy, l'école libre est maintenue par les soins de Xavier Kohler et de sa fille. En 1879, un comité de dames a ouvert une classe enfantine confiée à deux ursulines, revenues clandestinement. Trois autres reprennent discrètement leur enseignement à l'école libre en 1888, deux en 1893 et encore une en 1896. En France, les lois Combes imposent la fermeture de Maîche et l'expulsion des soeurs en 1903, qui reviennent en toute discrétion à Porrentruy et reprennent peu à peu la totalité de l'enseignement libre. Elles rouvrent un pensionnat dans leurs anciens bâtiments, désormais propriété de la Société des Oeuvres catholiques. Pour assurer la continuité de l'école libre, on établit des statuts officiels fixant les buts et les moyens en 1930. C'est à cette époque que soeur Louise Julliard reprend les pourparlers en vue d'une union avec les ursulines de Bruges et de Tours, raison pour laquelle il n'y a pas d'élection durant la période de 1921-1935. Au début du XXe siècle, en proie à d'énormes difficultés matérielles et les menaces politiques toujours à craindre, la communauté ajoulote avait noué de solides liens avec d'autres maisons d'ursulines, telles celles de Belgique. La question de l'union avait aini déjà été à l'ordre du jour avant la Première Guerre mondiale, mais cette dernière ainsi que les crises économiques avaient renvoyé ce projet à des jours meilleurs. Pourtant, c'est vers Fribourg en Suisse que la communauté se tourne dès 1943 et fait une demande appuyée par Mgr François von Streng et le vicaire général Eugène Folletête. Dès 1947, au terme d'une période d'essai de quatre ans (jusqu'aux élections de 1947) et afin d'assurer leur perennité, les vingt-sept ursulines de Porrentruy fusionnent avec celles de Fribourg, dont la maison de Porrentruy devient désormais une filiale.

Philippe Hebeisen, 18/10/2004
Dernière modification: 14/12/2011

Bibliographie

Marie-Anne Heimo, "Ursulines d'Anne de Xainctonge: introduction" et "Ursulines de Porrentruy", in Helvetia Sacra, VIII/I, 1994, pp. 133-139 et 140-161.

Lien: http://www.centre-ursule.ch/communaute/index.htm