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Commission des 24

Au mois de mars 1967, se concrétise officiellement le tournant opéré par la politique bernoise dans le cadre de la Question jurassienne. En effet, le 17 mars 1967, le Gouvernement bernois propose un plan d'action en deux phases, dont les auteurs sont Ernest Jaberg et André Ory.

Dans un premier temps, il s'agit de réaliser une analyse de la situation puis, dans un deuxième temps, d'élaborer la ligne de conduite du canton.
Outre la Délégation du Conseil-exécutif pour les affaires jurassiennes (DCEAJ), les acteurs de la première phase sont les 24 députés de la Commission des 24 alors que ceux de la deuxième phase seront les membres de la Commission confédérée de bons offices pour le Jura (CBO).

La Commission des 24 (comprenant douze germanophones et autant de francophones, dont les biennois) est nommée au mois de juin 1967 et a donc la tâche de faire un inventaire du problème jurassien. Son président est Robert Bauder, conseiller d'Etat, président du Gouvernement bernois et directeur de la police ; son secrétaire est André Ory, chef de l'Office cantonal des relations publiques.
En avril 1968, la Commission des 24 dépose son rapport, Les données actuelles du problème jurassien, un important document en deux parties. Avant d'être publié, ce rapport est l'objet de nombreuses discussions au sein de la DCEAJ qui surveille donc les choses de près. En outre, il ne faut pas oublier que le secrétaire de la Commission, André Ory, est aussi le secrétaire de la DCEAJ. La Commission des 24 n'avait donc pas une totale indépendance de manoeuvre face au Gouvernement bernois.
La première partie du rapport de la Commission, « Les données générales du problème jurassien », tente de démontrer que la minorité jurassienne bénéficie d'une situation tout à fait enviable. Différents thèmes sont abordés tels que la représentation des partis politiques, les votations, l'école, etc.
La deuxième partie, « A la recherche d'une solution », retrace les contacts pris entre la Commission et les différents acteurs jurassiens dans le but de présenter un état des lieux des différentes positions face à la Question jurassienne. Cette démarche est notamment entreprise auprès du Rassemblement jurassien (RJ), de l'Union des Patriotes jurassiens (UPJ) et du Groupement interpartis pour l'unité cantonale (GIPUC). Le premier refuse de collaborer alors que les deux mouvements antiséparatistes répondent volontiers, le GIPUC étant même demandeur. On consulte aussi les préfets du Jura et de Bienne ; les communes de Bienne et Laufon ; les associations économiques ; l'université et les associations culturelles ; les Eglises.

Une fois ce rapport rendu public, la deuxième phase du plan de mars 1967, menée par la CBO, va pouvoir commencer.

Emma Chatelain, 13/10/2009
Dernière modification: 12/07/2010

Bibliographie

Commission des 24, Les données actuelles du problème jurassien, Bienne, Arts graphiques Schüler SA, 1968
Emma Chatelain, « Nous sommes des hommes libres sur une terre libre ». Le mouvement antiséparatiste jurassien (1947-1975), son idéologie et ses relations avec Berne, Neuchâtel, 2007, p. 75-79