Voëlin, Henri (1912-2000)

Né le 21 novembre 1912 à Alle. Décédé le 15 octobre 2000. Fils de Constant Voélin (1867-1918), paysan-horloger, et de Delphine Voélin, née Raccordon. Épouse Paulette Corbat, de Vendlincourt, en 1943. Cinq enfants, dont l’écrivain Pierre Voélin. Catholique. Variantes du nom : Henri Voélin (nom de naissance).

Poète, journaliste et critique jurassien.

V. est le cadet d’une fratrie de trois enfants, dont le père meurt très tôt des suites de la grippe espagnole, en 1918. C’est la mère qui élève seule ses trois enfants à Alle. V. passe sa scolarité primaire dans son village natal, puis fréquente le Collège Saint-Charles à Porrentruy jusqu’à la maturité. Ensuite, il s’inscrit au Collège de Saint-Maurice (VS), mais renonce finalement à une vocation sacerdotale et revient dans le Jura. Dès son retour, il s’adonne à l’écriture et entame une carrière d’écrivain, journaliste et critique, décrite par les mots de son fils Pierre Voélin comme suit :

« De retour au pays, il fonde une famille de cinq enfants, développe ses talents d'écrivain, exerce trente-six métiers pour faire vivre sa famille. Il sera, à la fin de sa vie active, instituteur-remplaçant, notamment en haute Ajoie. Si ses quelques recueils de jeunesse – une poésie versifiée et très naïve alors que la modernité est en marche – ne sont pas à retenir, il faut souligner son travail journalistique (au Pays, au Jura libre, au Jura, dont il sera un rédacteur pendant quelques temps, il y signe nombre d'articles de tout genre, même sous pseudonyme) ; c'est en combattant qu'il prend la plume pour défendre ses idées, loin de l'ambiance libertaire de l'époque. Il va par exemple fustiger la nudité au cinéma au moment où Brigitte Bardot s'exhibe dans toute sa splendeur... En réalité, son intérêt pour le cinéma d'auteur était remarquable, il aimait d'ailleurs toutes les manifestations du génie jurassien en commençant par la peinture des Coghuf, Gérard Bregnard ou Jean-François Comment. Il faut dire encore que son talent de polémiste est servi par une langue parfaite, pleine de mordant, voir : Le berger sans troupeau, une attaque au vitriol d'un écrivain très bien reçu à l'époque : Léon Savary. Il y a du David en lui, ou du Léon Bloy – mais ce ton, cette posture, cet engagement idéologique radical, cette fidélité aux valeurs de la morale catholique, plutôt sévère, indispose à la ronde, et lui aliène, sa vie durant, le milieu littéraire jurassien. Il ne trouvera pas même une petite place dans l’Anthologie jurassienne de Pierre-Olivier Walzer. Le meilleur est à venir : son dernier livre de poésie : Au seuil de l'ineffable paraît cette fin de siècle. Là, il atteindra vraiment sa plus haute et ferme création, rejoignant la poésie moderne, ce que reconnaîtra Auguste Viatte dans sa préface à cet ouvrage. Il faudrait ajouter un mot à propos de son tempérament joyeux, de son caractère ouvert, un bon vivant, un « vrai ajoulot », disait-on, et si son humour était quelquefois ravageur, son ironie, elle, était rarement méchante. »
           
V. prend sa retraite comme enseignant d’école primaire à Réclère en 1970. Durant sa longue carrière, il soutenait sa famille entre autres en travaillant plutôt à contrecœur à l’administration de la scierie de Vendlincourt et comme agent d’assurances. Durant les années 1950, il fait des visites aux enfants placés en tant qu’inspecteur d’assurances, nommé par la Commission cantonale de l’assistance publique. En tant que rédacteur et journaliste, il est appelé pour tenir les discours de 1er aout durant les années les plus intenses de la lutte séparatiste jurassienne à Porrentruy en 1963 et à Fahy en 1965.
Membre de la Société jurassienne d’Émulation dès 1950.

V. est l’auteur des publications suivantes :

Cantique d’amour, La Bonne Presse, Porrentruy, 1938

Feu de joie, sous-titrés : Poèmes en vers et à cloche-pied, Lithographie Frossard, Porrentruy, 1950

Les voix du silence, chez l’auteur, s. d. (vers 1951)

Le berger sans troupeau, chez l’auteur, 1954

Les saints innocents, Lithographie Frossard, Porrentruy, 1955

Au seuil de l’ineffable, La Colombière, Porrentruy, 1972

Kiki Lutz, 25/08/2022
Dernière modification: 26/08/2022

Bibliographie

Actes de la Société jurassienne d’Émulation SJE, 54, 1950, p. 310
P.-L. Borel, « A l’enseigne des “Saints innocents”. Pamphlétaire vigoureux, le poète jurassien H. Voëlin s’en prend à Sartre », L’Express, 30 décembre 1955, p. 4
Francis Bourquin, « Encore les occupations de nos écrivains… », in Journal du Jura, août 1956
www.chronologie-jurassienne.ch (consulté le 23.02.2022)
Le Jura, 2 août 1963, 2 août 1965, 10 avril 1970
« Lettre à un mal pensant », Le Jura, 11 juillet 1953, p. 4
René Leyvraz, « Salut au jeune poète !», Le Pays, 4 août 1938
Lucien Marsaux, « Un nouvel écrivain jurassien », in Journal du Jura, 15 septembre 1938
J. M. N., « Un roman d’édification. “Les voix du silence“ », L’Impartial, 28 janvier 1949, p. 7
Le Pays, 8 avril 1939
Le Quotidien jurassien
, 24 octobre 2000
Jules-J. Rochat, « Les vers d’un Jurassien. La nuit des pleurs », in Journal du Jura, 11 janvier 1945
Jules-J. Rochat, « Flambées », in Journal du Jura, 17 décembre 1952
Jules-J. Rochat, « Chronique littéraire », in Actes SJE, 57, 1953, p. 328-329
Jules-J. Rochat, « Chronique littéraire », in Actes SJE, 43, 1938, p. 119
Georges Schindelholz, « Le Jura et ses poètes. Les fruits de l’automne », Le Pays, 30 août 1972
Henri Voëlin, « Les liaisons dangereuses », Le Jura, 25 juin 1962, p. 2
Henri Voëlin, « Petite mise au point », Le Jura, 24 août 1950, p. 2
Alexandre Voisard, « La timidité de nos romanciers ? », Le Jura, 28 décembre 1946, p. 2

Informations transmises par Pierre Voélin, fils de V. (17.07.2021 ; 15.03.2022)