Rohn, Selma (1873-1962)

Née le 4 juin 1873 en Argovie. Décédée le 1 décembre 1962 à Fenis (BE).
Artiste, décoratrice, peintre sur porcelaine.
Selma Rohn passe la plus grande partie de son enfance à Bienne, où une vocation artistique se fait sentir dès son plus jeune âge. A 19 ans, elle est amputée d’une jambe à cause d’une tumeur qui menace sa vie.
Elle acquiert les bases de sa formation artistique en suivant les cours d’art décoratif du professeur Émile Clottu en tant qu’auditrice libre au Technicum de Bienne (aux côtés de Anna Haller) et en prenant des leçons privées chez le peintre Frank Louis Behrens.
En 1902, elle ouvre un atelier avec Anna Haller à Bienne et commence à s’intéresser à la peinture sur porcelaine.  
Au début des années 1920, R. ouvre un magasin-atelier à la rue Sessler 1 à Bienne, atelier qui connaît un grand essor et acquiert vite une renommée qui dépasse la région. Localement, R. est connue comme une animatrice pétulante de la vie culturelle biennoise. Dans son atelier, des expositions et des événements sont organisés régulièrement ainsi que des cours de ciselure, pyrogravure et métalloplastie avec le sculpteur genevois Prosper Lugrin, entre autres. R. travaille également comme préceptrice pour de jeunes filles de familles bourgeoises – comme Dora Neuhaus – et enseigne le dessin et la peinture dans son atelier ainsi qu’à l’Université populaire. Le succès de son entreprise lui permet de vivre sa passion de voyageuse, qui l’amène jusqu’en Dalmatie et en Égypte.
Restée active bien au-delà de l’âge habituel de la retraite, R. vend son commerce – situé à la rue Centrale 33 dès 1934 – en 1947 à sa nièce, Martha Rohn, qui était également peintre sur porcelaine. Elle se retire ensuite à Fenis, où elle vit encore de longues années et meurt en 1962.
La nécrologie de R. dans le Bieler Tagblatt souligne que, non seulement elle vivait une vie atypique pour une femme de son époque, gérant sa propre entreprise et vivant une vie financièrement indépendante, mais qu’elle était aussi une vraie pionnière dans le domaine de la peinture sur porcelaine, métier inexistant à Bienne auparavant.
Après son décès, diverses organisations profitent de son généreux legs, qui permet par exemple à la section biennoise de l’Association suisse des invalides (aujourd’hui Procap) et à une fondation qui agit en faveur d’un refuge pour animaux de réaliser d’importants projets.

Kiki Lutz, 4/08/2022

Bibliographie

Deborah Balmer, « Besuch bei besonderen Bielerinnen », in Bieler Tagblatt, 08.03.2017
Bieler Tagblatt, 8 septembre 1920 ; 7 octobre 1922 ; 11 janvier 1928; 3 et 4 décembre 1962, 19 juin 1971 ; 2 novembre 1972 ; 11 août 1978 ; 13 juin 1989
Feuille officielle suisse du commerce
, no 127, 3 juin 1935, p. 1406
Journal du Jura
, 3 mai 1927